Culture générale, Design

Chaise Louis Ghost : lorsque Starck invoque les fantômes du XVIIème siècle.

On a coutume de dire que la mode est un éternel recommencement. Cet adage s’applique également au monde du design. Ainsi, en 2001, le très renommé Philippe Starck mit au point pour le compte du fabricant d’ameublement milanais Kartell, ce qui allait devenir une de ses créations iconiques : la chaise Louis Ghost.

La chaise Louis Ghost, qu’est-ce que c’est ?

C’est une chaise, tout ce qu’il y a de plus simple, à ceci près qu’elle est réalisée à 100% en polycarbonate, une matière plastique extrêmement résistante notamment aux rayures et aux éraflures, d’où le fait qu’on puisse l’utiliser en intérieur comme en extérieur. Sa résistance aux agents atmosphériques lui permet d’être entreposée dans un jardin, sur un balcon ou sur une terrasse, sans craindre de n’être abîmée par les intempéries. L’utilisation du polycarbonate permet d’obtenir une variété de couleurs tout en transparence, mais ce matériau mélangé à certains pigments offre la possibilité d’une opacité totale.

Pour ce qui sont de ses caractéristiques officielles, la chaise Louis Ghost pèse 5,4 kg, mesure 54 cm de large pour 94 cm de hauteur (67 cm de hauteur au niveau des accoudoirs) et 47 cm des pieds à l’assise.


Quelles ont été les inspirations de Philippe Starck pour cette chaise Louis Ghost ?

Pour sa création de plastique, Philippe Starck s’est inspiré d’un fauteuil classique à médaillon typique du XVIIe siècle. À cette époque, on renonce au style baroque du règne de Louis XV, avec ses fioritures et cette lourdeur caractéristique du style rococo ! Désormais, l’esthétique de l’ameublement va s’inspirer des vestiges antiques découvert à Pompéi et Herculanum

autour de 1748, dictant des formes géométriques beaucoup plus simples et rectilignes, ainsi qu’une gestion des coloris et des motifs moins floraux et beaucoup plus nuancés.

Alors, véritable hommage aux monarques du passé, ou joli pied de nez aux dictats du design qui veulent que chaque époque possède son propre style ? À en croire Philippe Starck lui-même, le terme Ghost a sciemment été utilisé pour désigner une certaine familiarité avec l’objet, sans réellement en connaître l’origine :

« la chaise Louis Ghost est auto-projetée. C’est une Louis quelque chose, une sorte de spectre, de reflet, l’ombre d’une chaise déclinée dans un style que j’ai appelé Louis Ghost, le fantôme de Louis. On ne sait pas pour quelle raison mais tout le monde la reconnaît et se sent proche d’elle. Elle est là quand on veut la voir et on peut la mêler à d’autres quand on souhaite rester discret. Elle est en voie de disparition, de dématérialisation. Comme toute la production de notre civilisation ».

Certains voient dans cette dénomination la lourde charge du passé, celle d’un monarque décapité hantant nos maisons des siècles plus tard, jusqu’à sur nos assises, justifiant le qualificatif fantomatique de cette chaise.

Aujourd’hui la maison Kartell s’enorgueillit de la commercialisation de ce modèle qui s’est déjà vendu à plus de 2 millions d’exemplaires ; d’autres modèles ont également vu le jour selon ce même principe de polycarbonate injecté dans un moule simple, notamment la Victoria Ghost, plus fine, moins imposante et privée d’accoudoirs.

Il était cavalier de la part de la maison Kartell de parier sur un tel objet de design, dont la noblesse du matériau reste à discuter, et ou l’anachronisme du style aurait pu être  déroutant pour le public.

Pour autant, ces chaises Louis Ghost ont connu et connaissent toujours un franc succès ! La chaise est pourtant réduite à son plus simple appareil : elle s’émancipe totalement des matériaux et des coloris propres au néo-classicisme pour ne garder qu’une évocation du passé, un symbole de l’Histoire, une vague notion de design matérialisée en un monobloc de plastique.

À une époque où la gestion du plastique pose de réels problèmes gouvernementaux, la solution est peut-être là : faire de ce matériau un matériau noble, que le consommateur n’aura pas à cœur de jeter dans la nature. Dans tous les cas, le choix du polycarbonate inscrit définitivement cette chaise dans une ère ultra moderne. Sa résistance aux rayures et aux intempéries lui confère un aspect pratique indéniable qui s’inscrit parfaitement dans la gestion du quotidien des consommateurs ; en cela, Philippe Starck a réussi son pari, il a bel et bien démocratisé le design !

Bon, à condition bien sûr de mettre la main au portefeuille : Sur le site marchand de Kartell, comptez 610€ la paire de chaises Louis Ghost. Bah oui, on parle de design tout de même !


Alors, objet iconique du XVIIème siècle, ou relique design du XXIe siècle ? D’un héritage de la période néo-classique, Starck a créé un objet résolument inscrit dans notre ère contemporaine, avec l’utilisation de matériaux répondant à nos problématiques actuelles : praticité, résistance, durabilité.
Pour autant se pose la question de la forme et de l’esthétique, représentatives d’une époque, au cœur des considérations lorsque le beau prenait le pas sur le pratique. Que penseront les générations futures de la chaise de Philippe Starck ? Une époque se doit-elle d’être définie par un design qui lui est propre, ou le génie de l’art n’est-il pas de dépoussiérer les dictats d’antan pour les remettre au goût du jour ?

Après tout, aurions-nous connu Jimi Hendrix si nous n’avions pas eu Mozart avant lui  ?



1 réflexion au sujet de “Chaise Louis Ghost : lorsque Starck invoque les fantômes du XVIIème siècle.”

Laisser un commentaire